Le syndrome prémenstruel: ce que la science nous apprend

Rédaction : Jessica Zevounou
Correction :  Kenza Yahiaoui
Révision scientifique : Dr. Mathieu Leboeuf, gynécologue et professeur titulaire à l'Université Laval aux départements d'obstétrique, gynécologie et reproduction et d'innovation en éducation médicale.

80 % des femmes sont concernées par les symptômes prémenstruels [1].

Mais qu’est ce que c’est ?

Le syndrome prémenstruel (SPM) est caractérisé par des symptômes physiques et psychologiques qui prennent place durant la phase lutéale du cycle menstruel, c'est-à-dire entre l’ovulation et le début des règles. Les symptômes psychologiques comprennent des changements d’humeur, de la perte de confiance en soi, de l’anxiété, de l'irritabilité ou encore des symptômes dépressifs. Au niveau physique, des sensations de ballonnement, des maux de tête ou encore des douleurs mammaires peuvent être ressentis. Bien que le SPM soit le plus souvent rapporté chez les femmes âgées de 25 à 35 ans, il peut survenir à tout âge, de l’adolescence à la ménopause [1, 2].

Par ailleurs, il existe une autre forme de troubles prémenstruels : le trouble dysphorique prémenstruel (TDPM). Celui-ci se différencie du SPM, car il cause une détérioration importante du fonctionnement social, familial ou professionnel de la personne atteinte. La pathologie est caractérisée par une détresse émotionnelle importante et un retentissement fonctionnel significatif où il devient impossible pour une femme de travailler, de suivre un cours ou de gérer sa journée par exemple. En plus des manifestations psychologiques, des symptômes neurologiques et vasculaires peuvent aussi se développer. On parle alors de maux de tête, d’étourdissements, de sensibilité accrue des bras et des jambes, ainsi que de symptômes gastro-intestinaux et oculaires [1].

Que ce soit dans leur forme grave ou non, les symptômes prémenstruels impactent la vie de beaucoup de femmes. Pourtant, celles-ci gardent souvent cela pour elles. Nombreuses sont celles qui continuent d’assumer leurs activités quotidiennes en dépit des difficultés que le SPM provoque. Dans cet article, nous tenterons de mieux comprendre pourquoi nous développons de tels symptômes et nous évoquerons les méthodes diagnostiques ainsi que les traitements disponibles de nos jours.

Pourquoi est-ce que ce syndrome apparaît ?

Plusieurs facteurs semblent être associés au développement du SPM et du TDPM. Parmi ceux-ci, les variations hormonales, le stress et certains facteurs liés au mode de vie comme l’alimentation sont considérés comme des éléments pouvant influencer l’apparition ou l’intensité des symptômes. De plus, certains comportements ou habitudes, tels que le tabagisme, la consommation d’alcool ou encore un apport élevé en caféine pourraient jouer un rôle dans le développement ou l’aggravation du SPM [2]. Mais bon ça, vous l’avez probablement déjà entendu !

En réalité, l’étiologie, c’est-à-dire l’ensemble des causes pouvant expliquer l’apparition d’une maladie ou d’un trouble, du SPM et du TDPM n’est pas encore totalement comprise [1, 2]. L’une des hypothèses la plus étudiées concerne le rôle des hormones stéroïdiennes, notamment l’oestrogène et la progestérone. Cette hypothèse repose notamment sur l’observation que la suppression de l’ovulation, notamment par la prise de progestatifs comme la pilule contraceptive, aurait un effet bénéfique sur le SPM.

Cependant, bien que les variations hormonales puissent expliquer ces symptômes, la raison pour laquelle certaines personnes en sont plus affectées pourrait être liée à des phénomènes neurologiques [1]. En effet, une autre hypothèse repose sur le système GABAergique, impliquant le neurotransmetteur GABA. Celui-ci joue un rôle essentiel dans la régulation de l’activité cérébrale en favorisant un état d’apaisement neuronal. Son action est d’ailleurs renforcée par l’alloprégnanolone, une substance dérivée de la progestérone suite à l’ovulation. Chez certaines femmes présentant un SPM ou un TDPM, le cerveau ne s’adapterait pas correctement aux variations de cette hormone au cours du cycle menstruel. Ainsi, lorsque les concentrations d’alloprégnanolone diminuent avant les règles, la régulation du système GABAergique pourrait être perturbée, contribuant potentiellement à l’apparition des symptômes relatifs à l’anxiété, l’irritabilité ou des changements d’humeurs [2].

Enfin, d’autres recherches se penchent sur la prolactine, particulièrement parce que sa forte concentration durant la phase lutéale serait liée à l’apparition des douleurs mammaires ressenties avant les règles. Pour finir, plusieurs observations suggèrent l’existence d’une composante héréditaire. En effet, les filles de mères ayant le SPM présentent une probabilité plus élevée de développer elles-mêmes des symptômes [2].

Comment est fait le diagnostic et quels sont les traitements possibles ?

Aujourd’hui, plusieurs organismes scientifiques ont établi différents critères diagnostiques du SPM. Par exemple, l’American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG) écrit que le diagnostic doit impliquer la présence d’au moins l’un des symptômes psychologiques et physiques cités plus haut 5 jours avant le début des règles et que cela doit survenir au cours de 3 cycles consécutifs [1].

À l’heure actuelle, les traitements disponibles visent principalement à soulager les symptômes. Lorsque ceux psychologiques sont importants, les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) constituent le traitement médicamenteux de première intention. Des traitements hormonaux peuvent également être proposés afin de supprimer l’ovulation ou de limiter les fluctuations hormonales responsables de l’apparition des symptômes [3]. Certains médicaments peuvent aussi mettre temporairement les ovaires « au repos » en bloquant les signaux hormonaux qui contrôlent leur activité. Ces traitements provoquent un état semblable à une ménopause artificielle, qui est réversible à l’arrêt du traitement. D’autres médicaments sont parfois prescrits de façon plus ciblée, comme la spironolactone pour réduire la rétention d’eau et les ballonnements ou le danazol pour soulager les douleurs mammaires. En parallèle, la supplémentation quotidienne en calcium et en vitamine D a notamment été associée à une diminution des troubles de l’humeur et de la fatigue chez certaines personnes. Enfin, les approches non pharmacologiques, comme la thérapie cognitivo-comportementale, peuvent aider à mieux gérer les pensées négatives et les répercussions émotionnelles du SPM [2].

Pour finir, il est important de rappeler que la prise en charge du syndrome prémenstruel doit être adaptée à chacune et qu’un suivi régulier des symptômes constitue un outil précieux pour orienter le diagnostic et choisir le traitement le plus approprié. Si vous ressentez des symptômes prémenstruels qui affectent votre qualité de vie, n’hésitez pas à en parler à un professionnel de la santé. Enfin, sachez que les symptômes que vous pouvez ressentir aujourd’hui peuvent évoluer au cours du temps, en fonction de l’âge ou des changements hormonaux. Une amélioration naturelle est donc toujours possible dans le futur.

Attention: les informations contenues dans cet article ne constituent pas un avis médical. Consultez toujours un médecin ou un pharmacien avant d'initier, de modifier ou d'interrompre un traitement.


Remerciements :

Nous remercions sincèrement Dr. Mathieu Leboeuf, gynécologue et professeur titulaire à l'Université Laval aux départements d'obstétrique, gynécologie et reproduction et d'innovation en éducation médicale pour sa contribution à la révision scientifique de cet article. Son expertise a été précieuse pour garantir la rigueur scientifique et la validité des informations.

Références :

1) Premenstrual syndrome, a common but underrated entity: review of the clinical literature. Berna Dilbaz, Alperen Aksan, disponible sur: https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC8187976/


2) Premenstrual syndrome: new insights into etiology and review of treatment methods Stefan Modzelewski, Aleksandra Oracz, Xawery Żukow , Kamila Iłendo , Zofia Śledzikowka , Napoleon Waszkiewicz disponible sur: https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11075635/


3) Premenstrual syndrome Kimberly Ann Yonkers, P M Shaughn O’Brien , Elias Eriksson: disponible sur: https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC3118460/

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